Description travail artistique

Der Mantel, neue Gestalt

Millionen Facetten,

Bilder meines Seins, meines inneren Daseins,

Formen und Farben verbinden und wiederfinden.

Erlebtes findet Raum,

Schutz und Halt,

In dieser neuen Gestalt.

Vielfältigkeit lebt auf,

Empfindungen drücken sich aus.

Altes zergeht und Neues entsteht.

Licht bricht durch, der Schatten bewegt.

Jill Michels : Offene Gestalten

Les oeuvres de Jill Michels interpellent par la minutie apportée aux détails et intriguent par leurs accents surréalistes. Elles constituent tout autant des invitations à la contemplation esthétique qu’à l’introspection. À côté de sa vocation d’artiste peintre, Michels est aussi psychologue de profession. Fascinée par l’accomplissement de soi et toujours en quête de découvertes et d’expériences, elle s’est formée en de nombreuses thérapies alternatives.

Le titre de l’exposition se réfère à un terme allemand issu de la gestalt-thérapie : « Offene Gestalten » désigne des situations non résolues, des problèmes en suspens. Le terme « Gestalt » est traduisible par « figure, personnage » et provient du verbe «gestalten » qui signifie « modeler, prendre forme, donner une structure signifiante ». Effectivement, en se penchant sur le travail de Michels nous pouvons percevoir des analogies entre sa pratique artistique et la méthode de cette thérapie qui incite à des prises de conscience pour découvrir sa propre structure interne et aboutir à une vision d’ensemble de soi-même.

L’autoportrait grand format intitulé From Inside/Out représente le point de départ des éléments constitutifs de cette exposition. Celui-ci a été réalisé en 2016 lorsque Jill Michels suivait une formation dans le domaine des arts expressifs qui intègre danse, mouvement et arts visuels. Cette représentation d’elle-même à été révélatrice pour mener à bien des explorations picturales permettant tout autant de matérialiser les relations qui existent entre notre imagination, notre corps et notre ressenti, que de donner forme au rapport que nous entretenons avec nous-même et les autres.

S’ouvre ainsi la question de savoir dans quelle mesure les autres portraits présents dans cette exposition sont des autoportraits indirects voir des facettes de l’artiste elle-même, à l’instar de la célèbre phrase de Rimbaud « Je est un autre » ? Ou s’agirait-il plutôt d’images d’« ancêtres » fictionnels comme l’indique parfois l’artiste en parlant de certains personnages représentés sur ses tableaux ?

Le manteau intitulé Neue Gestalt peut se lire comme un condensé de cette quête qui l’a conduite à expérimenter l’art comme recherche intérieure. Les peintures réalisées dans le cadre des nombreuses formations suivies par l’artiste ont été découpées en lambeaux. Ceux-ci ont été assemblés en un manteau multi-colore qui rappelle les costumes des eskimos présents sur quelques-unes de ses toiles (Home 1 et Home 2). Le travail sur elle-même deviendrait-il son refuge, son vêtement protecteur, son habitacle? En effet, ses prises de conscience sur ses propres profondeurs deviennent enveloppe extérieure. Le travail de Jill Michels propose ainsi une dialectique entre le dedans et le dehors et questionne les notions de protection, d’artifice, de transformation et de renouveau.

Alors que de nombreux de ses sujets nous font voyager dans d’autres cultures, certaines images nous emportent également vers des réflexions sur le visible et l’invisible et sur les rapports entre le fond et la forme. Michels joue fréquemment sur les contrastes entre aplats de couleurs et détails hyper réalistes ou entre vide et plein. L’artiste dit d’ailleurs que les dégradés qui font office de visages seraient des ouvertures vers d’autres dimensions sans limites. Ces « visages vides » semblent en effet cadrer une autre scène dans le tableau : une ouverture qui élargit notre vision en proposant un passage du monde matériel vers notre sphère intérieure.

Poème : Jill Michels

Texte : Laura Kozlik